Mama mia ...
Mama mia ...
Et le cerveau ?
Collé,cousu ?
La toilette ...
L'enfer ...
Lourdes ?
Le cachet ...
Ouf !
PROLOGUE Bonjour ! Je vous donne ma parole que ce que vous allez lire est totalement exact, et que tout ce que j'ai vécu à l'hôpital est la vérité ... vraie ! Bien sûr, puisque je suis sortie vivante de mes mésaventures, je peux vous dire maintenant que malgré ses faiblesses et ses brebis galeuses, le corps médical est le plus souvent super. Mais s'il pouvait seulement mieux écouter ... et parler, avec moins de cloisonnements entre les services, plus de respect envers les malades, plus de compréhension envers leur peur et leur ignorance, ce que ce serait bien ! Si je dois un jour retourner à l'hôpital, je vous jure que je serai rudement vigilante car j'ai bien failli y "laisser ma peau" ! Et j'en arrive parfois à me demander s'il n'y a pas chaque année des "victimes inconnues" de ce "Grand Corps Malade" ... ( à suivre )

CHAPITRE I: LES INSUFFISANCES DU DOCTEUR 0'SCOOR
Dans ce récit, je vais vous conter trois séjours à l'hôpital et comment je m'y suis moi-même sauvé la vie ... trois fois . Négligences, quiproquos, manque de communication entre les différents services ? Peut-être tout à la fois ... Toujours est-il que si je suis ici aujourd'hui pour vous le raconter, c'est sans doute grâce à beaucoup de chance, à un grand étonnement face à cet univers étrange qu'est le monde hospitalier, et à une certaine vigilance de ma part quand j'y ai constaté certains phénomènes . Ah ! on est en train de me tirer l'oreille : j'oubliais mon ange gardien Vivi qui me rappelle qu'à cette période de notre vie commune, il n'a pas chômé. Pourquoi l'appelé-je Vivi ? Parce qu'on m'a dit que son nom biblique , c'est Leuviah, et que je trouve ce nom austère et sévère incompatible avec ce que je crois savoir de lui ... Pour vous narrer mes mésaventures je vais essayer d'employer un mode plutôt plaisant car je pense que dans l'existence, on peut rire de tout, même du pire.
Tout allait fort bien dans ma vie : beaucoup d'amour entre mes trois fils et moi, cinq adorables petits-enfants, tout un tas d'amis, mon vieux chien Hector, pas de gros soucis d'argent, une fort agréable maison et ... l' Informatique ! Découvert deux ans auparavant, - autrefois je ne savais même pas ce qu'était une «souris» - le Traitement de texte m'a fait redécouvrir l'Ecriture à laquelle je m'étais adonnée il y a fort longtemps . Et avec cette belle science toute neuve , j'avais décidé d'écrire un recueil de poèmes sur la Provence en y consacrant beaucoup de mon énergie cérébrale.Tout roulait donc comme sur des roulettes sauf ... ma santé ! Car avec :

-une charge en fer exagérée de l'organisme assez carabinée, qu'on nomme une Hémochromatose,
-une ablation de l'appendice et des trois-quarts de la thyroïde,
- un cancer qui m'a valu une sorte de grand coup de sabre m'enlevant les deux-tiers du sein gauche,
- une maladie de Ménière qui me flanque parfois le tournis,
- une inflammation du collagène dont je crois qu'on est composé aux trois quarts et qui me met pas mal à plat, appelée une Connectivite,
- une tension artérielle de 18-19,
- un souffle au coeur carabiné,

(« J'ai la rate qui s'dilate , j'ai le foie qu'est pas droit... »)

on ne peut pas dire que ma santé était florissante ! Et comme j'affichais toujours un air épanoui dont me félicitaient  les gens, ( il n'y a rien de plus agaçant que de ne pas être un tout petit peu plainte quand on se sent tout le temps patraque ! ) personne n'avait cure de mes maux, je me traînais à longueur de journée  et chaque geste devenait un effort. J'étais  toute rose et fraîche à l'extérieur, mais qu'est-ce que l'intérieur était poussif ! Je vous l'ai dit : incapable de beaucoup marcher, de rester debout longtemps, de me coucher tard, j'avais l'impression d'être devenue un tout vieux machin . Cependant, bien que me sentant assez minable, je ne me faisais pas trop de soucis puisque j'étais suivie par un excellent généraliste qui m'avait confiée aux mains ... compétentes !?! du cardiologue de la petite ville où j'habite. Allez, je ne vais pas dans ce récit donner les vrais patronymes : appelons-le donc le docteur O'Scoor, ( c'est vrai qu'il a l'air d'un Britannique pas mal alcoolisé ) et mon généraliste, le docteur Sogoude.
Ce que le docteur O'Scoor aurait dû voir dès la première échographie, c'est que j'ai aussi la maladie de Marfan. Ce n'était pas facile, je le reconnais. Car en général, les gens qui ont cette maladie génétique mesurent près de 2 mètres, sont très minces avec de longues mains fines et une grande souplesse, et ils ont souvent de grands yeux un peu saillants ( non non, je vous assure que je ne suis pas en train de vous décrire des extra-terrestres ... ) Ces caractéristiques physiques ne sont pas bien graves, il y a même des hommes pour aimer ce type de femmes. Le plus embêtant, c'est que la paroi de leur crosse aortique est souvent fragile, qu'elle s'amincit, qu'il peut s'y former un anévrisme ( une sorte de bulle ), et que celui-ci est susceptible d'éclater : on est alors plutôt mal avec une dizaine de litres de sang qui se répand à l'intérieur. Beurk ...
Moi, j'ai une morphologie normale, et c'est presque dommage car je ne vous dis pas quel super-canon j'aurais été avec les attributs physiques marfaniens : un vrai mannequin ! Mais manque de bol : seule mon aorte était mal fichue du fait de cette maladie, et personne n'en soupçonnait l'anomalie.
Cependant mon petit souffle cardiaque était devenu si énorme qu'il faisait se dresser l'oreille des autres médecins que je consultais.
«Etes-vous suivie par un cardiologue ? me demandaient-ils inquiets.
- Bien sûr , le docteur O'Scoor . Il me fait une échographie cardiaque tous les ans
- Ah ! bon, dans ce cas... »
Car cet amincissement aortique se voit TOUJOURS à l'échographie. Eh oui ! ... mais ce que personne ne savait , c'est que le docteur O'Scoor était infoutu de lire une échographie cardiaque sur son matériel vétuste ! Et comme mon gros coeur devait pisser de partout , avec en plus l'une de ses valves bousillée, je n'en pouvais plus et ma tension faisait de plus en plus d'escapades . Jusqu'à 20-21 . Un jour, comme il ne savait plus à quel saint se vouer, incapable qu'il était de deviner qu'un anévrisme énorme avait fleuri sur mon aorte, et comme j'étais toujours plus mal malgré CINQ méga-médicaments contre l'hypertension, O'Scoor a cru avoir trouvé la solution, au lieu d'avouer son incompétence et m'envoyer à l'hôpital pour des analyses plus approfondies :
« Je vais vous prescrire un bon vieux médicament, le X... On le donnait beaucoup il y a 20 ans, même aux femmes enceintes...» 
Mama mia ! pauvres femmes enceintes et pauvres foetus ... J'ai compris pourquoi cette panacée n'est plus prescrite de nos jours, et vous allez le comprendre aussi :
Le soir même, ma tension montait à 21 . J'ai donc pris UN comprimé du « bon vieux médicament » ... et le lendemain matin, je n'en pouvais plus de vertiges et de nausées. J'ai appelé O'Scoor qui m'a conseillé de couper celui de huit heures en deux . Aussitôt dit, aussitôt fait : j'étais alors une patiente obéissante ! puis je suis allée à une réunion de la Ligue contre le Cancer . Et au bout d'une demi-heure, je n'en pouvais plus tant j'étais mal ...
Je n'étais bien sûr plus capable de conduire et une copine m'a ramenée chez moi d'où elle a appelé mon fils aîné - appelons-le : «  Granfiston » - pour qu'il vienne à notre rescousse . J'étais de plus en plus minable, je vomissais sans arrêt,  moi qui ne supporte pas cette abomination, même en croisière ! Et je me sentais partir loin, loin, loin ...
Le cardiologue n'a pas répondu au téléphone . Granfiston et mon amie ont donc appelé les pompiers . Quant à mon bon docteur Sogoude, il a promis d'arriver dare-dare, aussi dare-dare que peut se le permettre un généraliste dont la salle d'attente est pleine . Ensuite, pendant que tout ce petit monde affolé attendait les secours, je me suis mise à faire crise d'épilepsie sur crise d'épilepsie ( 7 en deux heures ! ) Quelque temps après, mon fils m'a d'ailleurs avoué qu'il me trouvait alors une certaine ressemblance avec Alien . L'horreur , vous dis-je ...
Cependant, hormis les moments où mon corps se réveillait pour vomir, moi j'étais bien : figurez-vous que je voyais un tapis carré d'à peu près deux mètres sur deux, d'un blanc éclatant, fait de plumes ... ou de nuages ... ou d'un autre matériau tout aussi bouclé. Assise au milieu, ma dernière toute petite-fille d'un an riait aux éclats en me tendant les bras. Je rage de ne pas avoir eu droit au « tunnel», mais mon hallucination était si merveilleuse que je pardonne au Ciel cette discrimination ...

Attention, Hôpital !
Récit humoristique