Collé,cousu ?
Mama mia ...
Et le cerveau ?
Collé,cousu ?
La toilette ...
L'enfer ...
Lourdes ?
Le cachet ...
Ouf !
Je ne suis entrée à l'hôpital Quétoubon que le lendemain matin, et je n'osais plus bouger tant je craignais que «  la bulle »  n'éclate . On m'a fait tout un tas d'autres examens dont il fallait à chaque fois demander la finalité . Eh oui ! on passe dans l'ordre des presque-demeurés quand on est hospitalisé ! On devient un patient, et c'est là que j'ai compris ce que voulait dire «  patient »: une sorte de robot silencieux et décérébré qui ne pose pas de questions .
Puis le patron du service est venu me voir et il m'a expliqué qu'il fallait m'opérer de toute urgence . Il m'a démontré pourquoi ( enfin si on veut ... heureusement qu'en rentrant à la maison, j'ai pu consulter Internet ) et ce qu'on allait faire : ça s'appelle l'intervention de Bentall . On coupe le bout de tuyau usagé et on raboute les deux morceaux, entre crosse aortique et coeur, avec un tube en Dacron . On colle, ou on coud, ou on fait les deux. Moi, pour plus de sûreté, j'aurais préféré les deux, mais on ne vous laisse pas le choix ... On remplace aussi les valves défectueuses. Du plastoc, apparemment, puisque maintenant , quand je suis allongée sur le dos, j'entends : clac clacclac, clac, clacclac,clac ... etc. C'est super agaçant.
On m'a ensuite demandé de voir un stomato de l'hôpital : stupeur interrogative ! Il ne me manquait que trois dents (une par enfant, dit-on), j'avais trois beaux bridges qui m'avaient coûté la peau du dos, et je consultais régulièrement mon dentiste une fois par an, pour qu'il surveille et détartre tout ça. Je sais, une visite semestrielle, ce serait mieux ! Mais, quoi qu'on en dise, cette roulette est  insupportable et je dois avouer que je manque de courage. Alors pourquoi me demandait-on de voir cet homme ? Eh bien, parce qu'apparemment le mien ne suffisait pas et qu'on ne semblait pas accorder une grande confiance aux thérapeutes extérieurs. Les "civils", en quelque sorte ! Avec ce genre d'intervention cardiaque on ne peut admettre aucune déficience de l'appareil bucco-dentaire, il ne peut y avoir le moindre doute, pas de déchaussement ni de rétractation des gencives car c'est là que les microbes adorent se nicher. Eh oui ! il paraît qu'on a dans la bouche, aussi bien entretenue soit-elle, tout un tas de vilaines bestioles qui adorent passer de la gorge au coeur pour y accomplir leur sale besogne. Avec de si grosses opérations, les chirurgiens ne peuvent prendre aucun risque. Bon, d'accord, ça je comprends. Mais là où j'ai vu rouge, c'est quand il a déclaré qu'il faudrait certainement m'extraire pas mal de "chicots" !
Des « chicots », mes quenottes ? Quand le patron est parti , son assistant a eu du mal à me calmer, m'expliquant que c'était là un terme « technique et médical ». Je dois dire que pendant un moment, j'avais eu de ma bouche une vision plutôt sordide : une sorte d'égoût puant , pleine de «  chicots » pourris à l'odeur fétide ! Mais tout de même, ce vocabulaire médical ! Les médecins ne se rendent même pas compte de son impact désastreux sur le moral de leurs clients ... Puis on m'a fait un Panorex : une vue panoramique des mâchoires , indispensable au chirurgien-stomatologue . C'est une drôle de machine qui vous tourne autour de la tête , celle-ci étant parfaitement immobilisée .  Ouf , ça ne faisait pas mal ! Et on a fixé la date de l'intervention de Bentall . Quant aux dents peut-être douteuses, elles seraient  impérativement  extraites au moins quinze jours avant Le Grand Evénement ...
Je devais rentrer chez moi le soir même . J'allais partir quand un type est passé pour me donner l'ordonnance à laquelle je devrais me conformer avant d'être ré-hospitalisée . Un médecin sans doute car il était en blanc , je m'en souviens bien A l'hôpital , il y a les bleus , les roses , les verts , les blancs ... Pas d'écossais ni de pois, ce qui serait pourtant plus gai pour les malades . Un gars que je n'avais pas encore vu dans le service et dont j'ai pensé que c'était un interne remplaçant. Cet événement a l'air dérisoire, mais il est très important pour la suite des événements, vous allez voir : apparemment il s'était trompé de chambre... et de patiente ! On n'a jamais su qui c'était , c'est lui que j'appelle le médecin fantôme
Puis j'ai pris un taxi pour le retour, le moral dans les chaussettes car je ne pensais qu'à cette extraction préliminaire à l'opération . Et je dois avouer que cette histoire de dents me « mourronnait » beaucoup. Presqu'autant que le reste

CHAPITRE III : DE CHARYBDE EN SCYLLA...
Et c'est le coeur en berne que j'ai repris ma petite vie ralentie, en marchant sur des oeufs pour ne pas faire exploser l'anévrisme... J'avais pris un rendez vous pour voir le plus rapidement possible l'un des dentistes de l'hôpital. La réparation de mon coeur devenait urgentissime, et elle ne pouvait se faire qu'après son avis et celui du stomatologue qui m'opèrerait.
Je suis donc allée voir le docteur Vaudan, et il a décrété qu'il faudrait extraire ... douze dents + les bridges ! L'horreur totale ... Encore heureux que ce ne soient pas celles de devant, bien qu'on m'ait dit plus tard que rien ne se voyait, sauf si je riais comme une baleine . Je n'avais pourtant pas le coeur à rire ! De toute façon, si ç'avaient été les incisives , je n'aurais rien fait du tout : impossible de me retrouver édentée face aux gens le temps de me faire mettre des prothèses . J'aurais eu l'impression d'être indécente avec ma grande bouche toute nue, et j'aurais préféré qu'on ne me répare pas ! Je vous assure qu'alors je le pensais sincèrement.
Le chirurgien-stomato m'a demandé le Panorex : stupéfaction de ma part !
« Mais ce sont les gens du service de Chirurgie cardiaque qui m'ont dit vous l'avoir fait passer .
- A moi ? Pas du tout . Je ne l'ai pas ! Est-ce qu'on a le Panorex de Mme Abelle ? »
Personne ne l'avait dans le Service !
C'est moi qui ai dû me traîner jusqu'à l'étage supérieur : pas de Panorex ! On l'avait perdu ! Re-traînage ( quand je vous dis que le moindre déplacement était un gros effort : même dans l'ascenseur, je me traînais .) et redescente jusqu'au service de Stomatologie où l'on m'a refait la radio. Sainte Sécu, je prie pour Vous ! Ensuite le Docteur Vaudan m'a fixé un rendez-vous pour l'intervention dentaire : la date collait tout juste pour qu'il y ait le laps de temps suffisant entre l'extraction des dents et la grosse opération . Il faut en effet qu'avant celle-ci les gencives soient cicatrisées . Encore heureux que pour 12 dents + les bridges , j'ai droit à une anesthésie générale ! Je ne vous dis pas ce que j'aurais dégusté . Quoique ...
Et je suis rentrée à la maison où j'ai continué à prendre l'anti-coagulant qui m'avait été prescrit en Cardiologie ...
Quelques jours avant la date prévue pour l'extraction des dents, je suis retournée à Quétoubon pour voir l'anesthésiste, comme ça se fait toujours . Et miracle ! j'ai rencontré le docteur Vaudan qui devait s'acharner sur ma bouche un ou deux jours après . Soudain , j'ai eu comme une illumination ( re-merci, monVivi ! )
«  Au fait , Docteur , c'est normal que je sois sous anti-coagulant ? »
S'il n'a pas sauté en l'air, c'était tout comme !
«  Qu'est-ce que vous dites ?
- Que depuis que je suis sortie de l'hôpital , je prends toujours l'anticoagulant prescrit en Cardiologie.
- Mais qui vous l'a donné, Bon Dieu, qui ? »
Ma bouche s'est ouverte .
«  Mais je n'en sais rien , moi ! C'était juste avant que je ne sorte de Cardio. »
Entre parenthèses , personne n'a jamais voulu avouer qu'il s'était trompé et m'avait sans doute refilé l'ordonnance de quelqu'un d'autre ! Pauvre quelqu'un d'autre qui, lui, en avait certainement besoin ... C'est toujours resté un mystère . Il devait pourtant bien y avoir mon nom dessus , pour le pharmacien ...
«  Il faut reporter l'extraction , et la Bentall ! On ne peut pas vous opérer dans ces conditions ... »
Toujours est-il qu'en parlant de cet anti-coagulant , je venais certainement de ME SAUVER LA VIE UNE PREMIERE FOIS , car en plus de tout le reste , je saigne assez facilement ...
Tout a été reporté, on m'a fait des piqûres quotidiennes dans le ventre pour anihiler l'effet de l'anticoagulant, et je me suis traînée de plus en plus péniblement pendant encore quinze jours . Granfiston était venu s'installer chez moi, et dès qu'il se levait, de bon matin pour aller à son travail, il criait :
«  Ca va , Maman ? » , tant il craignait que je ne réponde plus . Je n'ai jamais eu autant de coups de fil : de mes deux autres fils, de mes amis, de ma famille. Tout le monde avait peur que la petite bulle n'explose .
Je suis re-retournée à l'hôpital. Maintenant Hector faisait la tête quand il voyait le toiletteur que d'habitude il adore , malgré toutes les misères qu'il peut lui faire : shampoing, brossage, sent-y-bon ... Mais là , il devait trouver qu'on  profitait un peu trop de son bon caractère !
Or le docteur Vaudan, le stomato, a dû encore reporter l'opération de quelques jours pour je ne sais quelles obscures raisons . Eh oui ! Le temps passait, j'étais en danger, mais on fait ce qu'on peut, n'est-ce pas ... Toujours est-il que je n'y suis passée que le vendredi matin et que le samedi déjà je rentrais chez moi, sans aucun traitement, sans anti-inflammatoire, sans rien . Ca allait à peu près car je devais encore être sous l'influence de l'anesthésie générale, mais le dimanche , oh ! le dimanche : l'enfer ! Un enfer de souffrances absolument atroce ! Et bien sûr, personne à qui m'adresser . Un dimanche, vous pensez ... J'ai avalé, tenez-vous bien, douze Dafalgan ! De la folie, mais je n'avais que ça à me mettre sous la dent ! Quelle souffrance, bon Dieu , quelle souffrance ! Une dent, c'est déjà atroce . Alors , vous pensez, douze + les bridges ! Et vous savez quoi ? Eh bien mon coeur a tenu le choc, mon brave bon gros coeur qui était encore rudement vaillant malgré les avanies qu'on lui faisait subir en le bousculant. Et re-re-merci à Vivi qui n'en pouvait plus de se démener pour me sauver la vie ...

Attention, Hôpital !
Récit humoristique