L'enfer ...
Mama mia ...
Et le cerveau ?
Collé,cousu ?
La toilette ...
L'enfer ...
Lourdes ?
Le cachet ...
Ouf !
Un peu plus tard , quand je suis enfin sortie du trou , je me suis rapidement rendu compte que j'étais tombée dans un service totalement inhumain et ... déshumanisé. Déjà, interdiction de se mettre sur le côté : tu parles si c'est confortable - et de toute façon, avec tous les tuyaux qui sortent du corps, ce serait difficile ! Ca, c'est parfaitement logique, mais il y a le ton pour l'ordonner! Et je me suis rapidement demandé comment on avait pu rassembler cette équipe soignante tant il paraissait incroyable que tant de personnes antipathiques puissent cohabiter. Froides et parfois même à la limite de la cruauté, elles étaient entourées de tout un peuple d'êtres en détresse mais semblaient s'en soucier comme d'une guigne . Là , je vous assure que le mot « infirmières » rimait avec « mégères » !
Un exemple ? Le premier matin, après que je me sois lavé les dents, on m'a fait cracher dans un verre en carton. Une heure plus tard, comme j'avais soif, on m'y a donné un peu d'eau sans même l'avoir rincé. Quel regard « on » m'a lancé quand j'ai osé râler !
"Ce n'est pas à moi de faire ça, de laver les verres !"
Un peu plus tard, alors que j'essayais de dormir un peu, tout s'est mis à clignoter autour de moi comme un arbre de Noël, et une sirène s'est mise à brailler . Une infirmière est entrée en courant dans mon box, et sans plus me regarder que si j'avais été un barreau du lit , elle s'est écriée quelque chose comme :
«  Elle fait une TV ! Elle fait une TV »
Alors - je vous assure que c'est la vraie vérité ! - Bing ! elle m'a donné un grand coup de poing sur la poitrine (La TV, ce n'est pas ce qu'on pense : je crois que ça veut dire : « tachycardie ventriculaire « )
Le raffut s'est aussitôt arrêté et elle est ressortie comme une fusée sans m'avoir lancé un seul regard . J'en suis encore pantoise ! Bien sûr, elle m'a sans doute sauvé la vie avec son geste, plutôt primitif si on pense à toutes les machines ultra-sophistiquées qui ronronnaient autour de moi ! Et  c'est sans doute son coup de poing qui a remis de l'ordre dans " mes intérieurs " . Mais même si elle n'avait pas le temps de se lancer dans de grandes explications , elle aurait pu me tapoter le bras pour me rassurer:   « C'est fini, soyez tranquille ! Ce n'est rien . » Moi, c'est ce que  j'aurais fait . Mais rien , rien ... Un moteur avait des ratés , on lui flanquait un bon coup de poing pour le faire repartir, et l'on s'en retournait comme on était venu, en coup de vent ! Un monde de brutes, vous dis-je. Et c'était comme ça tout le temps . A un moment, je me suis surprise à penser que si l'Enfer ressemblait à ça, je deviendrais l'être le plus exquis qui soit pour ne pas y être engloutie. Et cette pensée était tellement incongrue que ça m'a bien fait rigoler ! Apparemment, j'en étais encore capable . Passer l'Eternité en Réa..
Cependant quelque chose me réconfortait , mesdames : c'est que j'étais là à vous observer du fond de mon lit ( ou plutôt du dessus , car j'y étais perchée à une incroyable hauteur ) comme une araignée sur sa toile, et que je me disais qu'un jour je raconterais à quel point vous n'êtes pas faites pour ce métier ! Je me délecterais comme en ce moment. Et je me demanderais encore et encore comment on était parvenu à réunir une telle bande de Harpies . Ca tient du miracle. D'autant qu'on m'a dit ensuite que les autres équipes étaient adorables et charitables envers les pauvres bougres qui passent dans leur service plutôt mal en point. Manque de bol pour moi ...
Un peu avant de partir , il fallait arracher les drains de ma poitrine, et j'avais entendu dire que ce n'était pas marrant du tout. Tout affolée, j'ai osé m'ouvrir de cette crainte à l'infirmière en chef : je me souviendrai toujours de son regard gris et glacé au-dessus du bandeau vert .
«Vous avez déjà accouché , Madame?
- Bien sûr , j'ai trois enfants
- Alors ce sera bien pire ...»
Là , j'ai éclaté et j'ai osé lui dire enfin ce que je pensais d'elle :
«Vous savez que vous êtes vraiment méchante . Mais pourquoi donc faites-vous ce métier ?»
Il m'a semblé voir frémir le bandeau vert .
« Mais je plaisantais, voyons ...»
Tu parles. En définitive, c'est le seul garçon du service, plus amène mais qui n'osait pas trop montrer sa gentillesse ( sans doute de peur qu'on le prenne pour un mou ) qui a retiré les tuyaux d'un coup sec : je n'ai pratiquement rien senti .
Le troisième jour , on m'a prévenue qu'un brancardier allait venir me chercher pour me ramener dans ma chambre mais qu'auparavant, il fallait m'asseoir un peu. On m'avait ouverte en deux peu de temps auparavant et je savais par expérience que les brancardiers ont toujours du retard : j'ai eu peur des réactions de mon corps, mais les infirmières devaient tout de même connaître les efforts qu'on allait lui imposer ! Ca m'a un peu rassurée .
On m'a assise dans un fauteuil . Le service de Réa est une sorte de grande salle rectangulaire , avec des boxes tout autour, et dont la porte reste constamment ouverte . Au centre , un «desk» d'où les soignants de garde peuvent surveiller leur petit monde d'éclopés .
Ce jour-là , on devait commémorer quelque chose et c'était la fête , là-bas, au milieu . Mais moi je n'en avais cure, et au bout d'un quart d'heure, j'ai senti que ça commençait à aller très mal.
« S'il vous plaît , ai-je supplié . Est-ce qu'on pourrait me recoucher ? »
La fête battait son plein, on trinquait joyeusement, et nul ne se souciait de mes appels désespérés. J'ai crié plus fort car je n'en pouvais plus d'épuisement.
«Je vous en prie .Je vais me trouver mal.»
Rien. Je me suis rendu compte qu'on m'avait entendue, mais c'était comme si ma voix avait été réduite à rien du tout. Je cassais les pieds de tout le monde .
«  Je vous assure que je vais me trouver mal. »
Je n'en pouvais vraiment plus et je commençais à me couvrir de sueur.
«  S'il vous ... « 
Alors une mégère a daigné se tourner vers moi.
«  Vous ne croyez tout de même pas qu'on va refaire le lit deux fois ! a-t-elle hurlé. Ils vont arriver . »
Je me sentais glisser quand le grand gars un peu plus sympa que les autres a eu enfin pitié : il m'a aidée à me rallonger, mais sur le drap, et en me recommandant de ne pas trop bouger pour ne pas froisser le lit . Comme si j'en avais été capable ! Je ne pouvais plus bouger un bras tant j'étais fatiguée ...
Plus tard, je me suis interrogée. Pourquoi tant de hargne de la part de ces femmes ? Je ne pense pas que c'était personnel : sans me vanter, je crois être assez sympa , j'ai énormément d'amis et je suis plutôt équilibrée . Alors, pourquoi ? Est-ce en raison de l'énorme pouvoir qu'elles pensent avoir sur tous ces pauvres bougres qui arrivent plutôt amochés dans leur service ? Etais-je trop rétive à leur goût ? Voulaient-elles ainsi démontrer leur puissance ? Je n'en sais rien . Je sais seulement que ce furent-là quelques unes des pires heures de mon existence ...
Les brancardiers sont arrivés vingt minutes plus tard , et en partant je n'ai dit « Au revoir » à personne . Na !

Attention, Hôpital !
Récit humoristique