Lourdes ?
Mama mia ...
Et le cerveau ?
Collé,cousu ?
La toilette ...
L'enfer ...
Lourdes ?
Le cachet ...
Ouf !
            Chapitre V : VIVI SE SURMENE
Mon Dieu ! Que j'étais donc bien dans ma chambre. J'y étais seule et elle était drôlement sympa, propre, jolie, avec une salle de bains perso. Puis on a frappé, et Tifiston, qui habite pas bien loin de l'hôpital Quétoubon, est apparu . Alors tout a lâché, une sorte de digue a craqué, et je me suis retrouvée dans ses bons grands bras, pleurant à chaudes larmes ... Et comme lui aussi avait eu très peur, il n'en était pas bien loin non plus ! J'en avais tellement, tellement "bavé" en Réa !
Pauvre garçon , qui m'avait toujours vue solide comme un roc depuis la mort de son père. Je crois ce jour-là lui avoir porté un rude coup car il s'est rendu compte qu'une mère, ça peut aussi être fragile. Tout a donc débordé en sanglots, et ça m'a fait un bien fou de tout lui raconter. Il était outré. Puis on s'est ensuite félicité que tout se soit aussi bien passé. Ses frères et lui étaient très inquiets car ils n'avaient eu que rarement de mes nouvelles, et les femmes qu'ils avaient eu au téléphone n'étaient pas très prolixes. En outre, ils n'y avaient eu droit qu'une fois par jour. Té ! Ces dames n'allaient tout de même pas perdre leur temps à rassurer les familles ... J'avais sur le sternum un grand pansement parfaitement étanche qu'on n'a enlevé qu'au bout d'au moins quinze jours : en n'y touchant pas, on ôte à d'éventuels germes toute possibilité d'entrer. Je n'en souffrais absolument pas, je ne me rendais pas du tout compte qu'on m'avait fendue en deux. Mais par contre, pour le dos et les omoplates : affreux ! Des contractions, des crampes épouvantables. C'est comme ça pour tous les gens qui ont subi ce type d'intervention, et il faut attendre que les muscles qui ont été pas mal bousculés se remettent en place. C'est du moins ce que j'ai compris. Maintenant je ne ressens plus rien du tout. J'étais très bien dans le service de cardiologie, et tout le monde, de la plus petite blouse rose à la plus grands veste blanche, était super gentil. Les chirurgiens de l'équipe ont été sidérés par ce qui se passait en Réa. Apparemment, les autres patients étaient tellement heureux d'en être sortis qu'ils préféraient tout oublier tout de suite et ne rien dire ! Pas moi, j'étais trop outrée ! Et rudement contente à l'idée que ces teignes allaient se faire «remonter les bretelles». Quant au docteur de Palufrais, il était lui aussi très satisfait de son boulot. Pour le remercier, en partant, je lui ai offert le sonnet «Brise provençale» que j'avais écrit quand j'étais en Réa, pour faire passer le temps :

L'air qui froufroute au ciel ne cesse de couiner
En faisant mousser l'eau stagnant dans le bassin.
Une feuille s'envole,les épines du pin
Tombent en piquants drus, étouffant l'olivier.

Car depuis quelques jours la brise s'est levée,
Encor douce et bénigne au creux bleu du matin.
Elle pétille, craque, et titille le thym,
Badinant au jardin, secouée de hoquets.

Elle est folâtre encor et c'est rare en Provence
Où le vent ne sait qu'être un hymne à la violence.
C'est encor un zéphir tout boursouflé d'odeurs.

Mais elle porte en elle la graine du mistral,
Et si le froid s'installe aux terres boréales,
Elle se déploiera en fléau ravageur...

Il a eu l'air surpris ... mais il est repassé dans la soirée pour me dire qu'ils l'avaient lu en famille à midi , que ça leur avait plu, et qu'il allait le faire encadrer . Après tout, autrefois, quand les paysans étaient contents de leur médecin, ils lui offraient, qui un lapin, qui un poulet, qui trois kilos de patates (pendant la guerre!) ... J'étais contente du chirurgien et je lui offrais la seule chose que je savais faire : un poème .
Je ne suis pas restée très longtemps à Quétoubon : une dizaine de jours après l'opération , on m'a envoyée en Maison de Repos . Quand je suis arrivée , je me suis demandée si le chauffeur de l'ambulance ne s'était pas trompé en m'amenant à Lourdes ! Des fauteuils roulants partout , de pauvres gens qui avançaient péniblement comme des zombies . J'étais certainement la plus vaillante de tous, malgré l'énorme opération que je venais de subir .
La chambre était toute neuve, avec une grande douche à l'Italienne. Il faut dire que question logement , l'Hôpital a fait de rudes progrès ces dernières années . Mais la nourriture, hum... Je me suis rendu compte par la suite qu'il devait y avoir deux cuisiniers, par roulements . Certains jours , c'était tout bonnement délicieux : allez , on va mettre 16/20 . Bien préparé , bien présenté , avec une certaine recherche culinaire . Et d'autres , un affreux rata de mauvaise cantine : 8/20 . Ca peut paraître dérisoire , mais les repas ont beaucoup d'importance à l'hôpital. Ils rythment le temps , et on les attend plus ou moins, même si le soir , on vous fait manger à ... cinq heures et demie , comme les poules !

Les premiers temps , j'ai eu droit sans le savoir au bon cuisinier . Le cinquième jour, j'ai donc invité trois copines à déjeuner. Mais ce n'était pas notre Bocuse inconnu qui avait officié et la « bouffe » a été catastrophique : une piètre salade sans sauce, de mauvais steaks hachés baignant dans leur eau, des pâtes gluantes. Elles ont dû penser qu'on m'avait aussi enlevé un morceau de cerveau tant je leur avais vanté la bonne chère de Bonrepos , et moi je ne saisissais pas pourquoi les repas étaient tout à coup devenus infâmes . Plus tard, j'ai compris ce qu'il en était et je le leur ai expliqué. Mais elles en rient encore en se fichant de moi ...

Attention, Hôpital !
Récit humoristique