Ouf !
Mama mia ...
Et le cerveau ?
Collé,cousu ?
La toilette ...
L'enfer ...
Lourdes ?
Le cachet ...
Ouf !
Puis j'ai commencé à ruminer... et j'ai enfin fignolé une lettre vengeresse pour O'Scoor où je m'étonnais qu'il m'ait suivie pendant quelque cinq ans sans s'être jamais rendu compte de ma malformation cardiaque. Lettre expédiée en Recommandé avec Accusé de Réception . Il ne m'a jamais répondu, et je ne l'ai plus jamais revu.
 J'ai alors décidé d'écrire au Conseil de l'Ordre des Médecins de ma région . On m'a répondu qu'on allait lui demander des explications . Je cite :
«  XX ... , le 25 mai 2007
Madame,
Après avoir pris connaissance de votre courrier du 15 mai 2007, je demande  au docteur ..., par lettre datée d'aujourd'hui, de m'adresser ses  observations que je ne manquerai pas de vous transmettre .
Je vous prie d'agréer, Madame, l'assurance de mes sentiments les meilleurs.
Le président
Conseiller National
Professeur H. Z... »
C'a été fait puisque le cardiologue a appelé Sogoude et Trébon avec, paraît-il , un certain affolement. Il s'étonnait de ma démarche . Les deux médecins m'en ont parlé plus tard , ce qui prouve en quelle piètre estime ils tenaient leur confrère. Puis il a envoyé une lettre fort alambiquée au Conseil , en stipulant ( je cite ) :
« ...Nous constatons donc que madame Abelle a bénéficié d'une échographie  cardiaque par an pendant trois ans consécutifs . Vous n'êtes pas sans savoir  que nos recommandations, notamment celles de la filiale échographique de  la Société Française de Cardiologie sont, dans le cadre d'une valvulopathie  stable ( Tu parles si elle était stable, ma valvulopathie ! ) d'un contrôle tous les ans et demi. Je ne pense donc pas avoir été au dessous  et même plutôt au  dessus de ces recommandations de bonne pratique médicale... »
Et ces messieurs les Conseillers m'ont envoyé comme promis le double de sa lettre avec leur réponse :
«  Madame,
Suite à votre courrier du 15 mai 2007, nous avons recueilli les observations du docteur ... que vous voudrez bien trouver ci-jointes . A la lecture de celles-ci , nous ne relevons aucun manquement déontologique de la part de ce praticien .
 Je vous prie d'agréer, Madame, l'assurance de mes sentiments les meilleurs .
Professeur H. Z ... »
Et voilà le travail ! Rien d'autre . Aucun commentaire sur ce que je leur avais révélé . O'Scoor avait fait les échographies, tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pas d'observations sur le fait qu'il ait été infoutu de les lire  et qu'il ait ainsi mis ma vie en danger . Son incompétence n'avait pas à être jugée. C'est comme si un ébéniste ratait un meuble : on n'a pas à le lui reprocher puisqu'il a pris les outils adéquats. L'important , c'est qu'il les ait pris ! Mais mon exemple n'est pas fameux car, tout de même, mieux vaut saloper une table qu'un coeur humain , non ?
Et la vie a repris son cours . Ce que c'est bon de pouvoir y mordre à pleines dents et de se sentir en pleine forme! Frères humains qui êtes en bonne santé, vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez .
Ce qui est bizarre, c'est que tous les autres maux dont je souffrais se sont atténués, comme si mon coeur avait été le moteur régissant tout le reste . Bien sûr, je suis surveillée de près, avec une prise de sang tous les quinze jours, mais l'infirmière est une bonne copine et on en profite pour jacasser comme des pies  ... J'ai également droit à une visite mensuelle du docteur Sogoude : figurez-vous qu'il se fait du mourron parce qu'il m'a recommandé O'Scoor il y a cinq ans . Il pense aussi qu'il aurait dû lui-même se rendre compte de la gravité du mal. Mais comme j'étais entre les mains d'un cardiologue, il lui faisait confiance . Si l'autre ne dit rien, c'est que ça va à peu près bien , non ? Je n'arrête pas de lui répéter qu'il n'y est pour rien et que ce n'est pas à lui de faire le boulot des spécialistes. Si les généralistes ne peuvent plus leur faire confiance, ils n'ont pas fini ...
Ca me fait tout drôle d'avoir été frôlée par ma propre mort . Pourtant, je vous assure que je n'en ai pas peur : bizarrement, je pense que tous les êtres chers qui sont partis avant moi m'ont en quelque sorte ouvert le chemin et que grâce à eux ce sera plus facile. Mais je suis tout de même bien contente d'être encore en vie. On est passé devant ma porte sans en trouver la clé, et peut-être ai-je encore un peu de temps pour profiter de tout . Quand j'étais à Bonrepos , j'ai écrit un poème à ce sujet : je devais être un peu déprimée ce jour-là , et pas très bien dans mes baskets ...

Il est une Inconnue derrière chaque porte.
Frappant à tous les huis, Elle attend - peu importe
Qui viendra Lui ouvrir car Elle a tout son temps :
Qui que vous vous croyiez, Elle est là, Elle attend.

C'est une jeune femme à l'air grave et aimable
Qui vient pour s'inviter à votre seule table.
Elle n'est pas méchante, Elle se rit de tout,
Ne s'est jamais lassée depuis l'aube de tout.

C'est pour vous qu'Elle est là, on ne peut refuser.
Dans sa main Elle serre une clé ouvragée
Pour ouvrir un jardin tout fleuri d'hirondelles.
Elle est laide parfois, le plus souvent très belle.

Elle vous prend la main, la Sienne est un peu froide.
Elle vous mène alors auprès d'une escouade
D'êtres chers et d'amis qui se sont en allés,
Qui rient et que pourtant l'on a beaucoup pleurés.

Et puis Elle repart : un autre rendez-vous.
Elle n'a plus besoin de se soucier de vous.
Elle a quelqu'un à voir et s'il ne L'attend pas,
Il sait bien malgré lui qu'un jour Elle viendra ...

Maintenant, Vivi se la coule douce : il considère qu'il est pratiquement en vacances et déploie ses grandes ailes pour prendre des bains de soleil dans le jardin. Merci, mon Vivi, d'avoir si bien veillé sur moi ! Je comprends fort bien que tu aies besoin désormais d'un peu de répit. Mais quel boulot, hein, toute cette dernière année ? D'autant que j'ai appris plus tard que j'aurais pu ne pas supporter le Dacron greffé dans ma poitrine et que les points auraient pu lâcher. Misère ! Là encore tu m'as tirée d'affaire sans que je le sache... 
                                      FIN

Attention, Hôpital !
Récit humoristique